أركاماني.ARKAMANI

مجلة الآثار والأنثروبولوجيا السودانيةSudan Journal of Archaeology & Anthropology

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العدد 4

العدد 4

SOLEB

Le temple de Soleb est une des plus grandioses réalisations architecturales du Nouvel pire égyptien au coeur de la Nubie, à quelque cinq cents kilomètres au Sud d’Assouan. Les ruines de cc magnifique temple jubilaire d'Amenophis III (1400-1370 environ J.-C.) sont dignes du constructeur du temple de Louxor. Les cérémonies du jubilé - ou fête Sed -, encore bien riches d'énigmes, étaient celebrees par Pharaon en --incipe tous les trente ans ; en fait Amenophis III cut trois jubiles, dans les annees 30, 34 et 37 de son règne : le jubilé devait marquer le début d'un nouveau cycle royal ; les pouvoirs divins du roi étaient alors renouvelés ; ainsi était garanti 1'«ordre» égyptien par opposition au «chaos» des pays étrangers ou des mauvaises crues.

Sous le soleil du tropique, au-delà des solitudes de 1'énorme verrou de la IIe Cataracte (le Batn el-Haggar, le « ventre de Pierre »), coupé aussi vers le Sud du reste du Soudan par les IIIe et IVe Cataractes, Soleb est resté très longtemps d'accès difficile, pour ne pas dire impossible. En 1813, il fut aperçu à partir de la rive droite, sur 1'autre rive du fleuve, par J.-L. Burckhardt, l'explorateur balois devenu musulman sous le nom de Cheikh Ibrahim. C'est seulement le 3 janvier 1821 que le temple reçut sa première visite européenne : Frédéric Cailliaud de Nantes en traça le plan, nota les scènes et fit, à la chambre claire, des dessins publiés en 1826 dans son célèbre Voyage à Méroé. Les Anglais Waddington et Hanbury, qui avaient été devancés de très peu sur place, rentrèrent plus tôt en Europe et purent ainsi publier leur propre relation dès 1822. Les vestiges apparents furent 1'objet des reconnaissances rapides du Prussien R. Lepsius au début de juillet 1844 et du professeur américain Breasted à la fin de janvier 1907. C'est seulement de 1957 à 1977 que put y travailler sans relâche, sous le haut patronage de 1'Université de Pise, une mission italo-française financée et conduite par Michela Schiff Giorgini, avec le concours de 1'architecte Clément Robichon et de Jean Leclant. Deux volumes, consacrés aux voyageurs et aux nécropoles, ont été publiés en 1965 et 1971; ces derniers mois a été reprise la description complète des reliefs du temple, avec tous les relevés.

La beauté des vestiges, dans un cadre incomparable, témoigne du prestige de Fart pharaonique dans 1'acmé d'une de ses plus belles périodes. Les ravages du temps ont été cependant considérables ; le grès nubien subit d'ailleurs mal 1'assaut des vents très violents. Mais Soleb offrait 1'avantage exceptionnel de n'avoir jamais subi aucune de ces investigations trop hâtives qui ont trop souvent affecté les sites d'Egypte ; on pouvait ainsi reconstituer la façon dont les éléments du temple s'étaient écroulés ; il était aussi possible d'étudier les fondations du monument, de découvrir en place les sols successifs, de repérer en position les blocs de remplois, témoins de 1'histoire dynamique du temple.

Le plan de Soleb est parfaitement classique. A 1'arrière d'une sorte de contre-temple réduit a des substructures, un premier pylône aujourd'hui arasé et une allée autrefois flanquée de statues de béliers, 1'animal sacré d'Amon, ainsi que de statues de lions, de cobras dressés et de faucons royaux, précédaient 1'édifice. Un vestibule monumental s'appuyait sur le grand pylône dont la façde offre tout à la fois les cartouches d'Aménophis III et d'Aménophis IV. Derrière le grand pylône, en direction de 1'Ouest. se succédaient deux cours comme dans les temples funéraires de la rive gauche thébaine. puis venait une salle hypostyle, elle-même suivie des salles entourant le saint des saints.

La première cour était bordée de portiques à colonnes papyriformes fasciculées d'un style très pur, comparables à celles de Louxor. Elles ne subsistent - et partiellement - que sur le côté Nord. Le mur du fond du péristyle était décoré de reliefs figurant le long cortège et les cérémonies de la fête Sed. Il ne subsiste rien de la moitié Sud où Pharaon devait officier en tant que roi de Haute Egypte. Sur la moitié Nord, les vestiges les plus importants sont, du côte Est, ceux du revers du môle Nord du pylône et à 1'Ouest le flanc Nord de la porte dormant passage entre la première et la deuxième cour. Sur la paroi du pylône, les vestiges fort érodés d'une bande de décor relatif à «l'illu­mination des trônes» sont dominés par une très ample composition englobant six registres superposés : elle est entourée de la représentation d'une enceinte commémorant les cérémonies du roi qui « frappe les portes », dans un geste tout à la fois de consécration et de destruction ; le souverain est accompagné par le « scribe royal » Amenhotep, c'est-à-dire le célèbre Amenhotep fils de Hapou, muni lui aussi d'une massue blanche et d'un long bâton. A 1'intérieur de 1'enceinte elle-même, figurent des séries de naos contenant des divinités ainsi que les deux Méret, couronnées des plantes de Haute et Basse Egypte, surmontées des trois bornes de la course rituelle.

Sur le revers même du pylône commençaient les processions de la fête Sed disposées sur huit longs registres continus, superposés. Le roi porte généralement le grand manteau jubilaire et tient dans ses mains la crosse recourbée ainsi que le fouet ; souvent accompagné de la reine, il se présente devant les chapelles ou il penetre seul ; parmi les divers officiants, on distingue les «infantes royales» coiffées d'une sorte de mortier ; ­en un endroit elles sont nommées : Satamon, Isis et Henouttaneb ; on reconnaît auaai la «mère divine (d'Assiout)», crâne rasé, vêtue d'une tunique collante, le «prêtre-lecteur, ­scribe royal» Nebmertef et les deux vizirs.

Au-delà de la deuxième cour fort endommagée, on gagne la salle hypostyle ; avant le dégagement et la restauration minutieuse des éléments dispersés, it y avait 1à un amas de tambours de colonnes, des fragments d'abaques et d'architecture entremêlés. Seule se dressait encore une lourde colonne à chapiteau papyriforme, sommée c d'architrave encore en place. La reconstitution assurée montre que, au Nord et au Sud ­de la nef centrale, it y avait trois rangées de quatre colonnes chacune. A leur partie inférieure, elles montraient des écussons contenant les noms de peuples envoûtés, surmontés chacun du buste d'un personnage aux bras ligotés en arrière. Du côté Nord, se succèdent des pays et des villes d'Asie : du côté Sud, des peuplades africaines dont ­­les noms étranges ne peuvent être le plus généralement localisés ; cependant les bien individualisés constituent une étonnante «galerie ethnographique» ; il s’agit d'ailleurs d'une sorte d'inventaire de domination magique bien plus que d’annexions ­territoriales réelles. Soulignons 1'importance parmi les peuplades d'Asie des Bédouins Shasou occupant les steppes montagneuses au Sud d'Edom ; le nom de correspond exactement au «tétragramme» du Dieu de la Bible YHWH : sous Aménophis III, le nom de Dieu apparait ainsi en qualité de nom de lieu.

Chaque colonne etait décorée plus haut d'un grand tableau affrontant le roi à une divinité, tantôt Amon, tantôt 1'image du roi lui-même divinisé ; ce dernier est figuré l’oreille entourée d'une corne de bélier, coiffé du modius que surmontent un croissant et un disque : faut-il voir là un emblème luni-solaire ou simplement lunaire (avec les deux ^hases de 1'astre) qui serait un symbole de Khonsou, le dieu fils de la triade thébaine, à moins qu'il ne s'agisse d'une allusion à ce dieu Iah dont le nom entre en composition dans les cartouches des premiers princes de la dynastie : Ahhotep, Ahmosis avant que ne soit en faveur ceux d'Amenhotep et de Thoutmosis (Thot étant une autre forme du dieu lunaire). Le roi est appelé par son second nom de Nebmaâtrê, c'est-à-dire «Rê est le maître de Maât (la Verité-Justice)». C'est aussi le «maître de la Nubie», le «dieu grand» le «maître du ciel». Le cartouche de couronnement comporte souvent des épithètes solaires : «image de Rê», «élu de Rê», «héritier de Rê » ; on insiste sur 1'éclat brillant de ce «dieu parfait», «montagne d'or». Aménophis III à Soleb apparaît réellement comme un «roi soleil». Par de nombreux détails s'affirment la théologie solaire, celle qui sous Akhénaton, le fils et successeur d'Aménophis III, culminera dans 1'adoration exclusive du disque solaire Aton, dont le nom se trouve plusieurs fois mentionné, et 1'exaltation de son grand-prêtre le roi.

La zone arrière du temple a disparu. Des blocs disparates jonchent le ravin creusé par un grand flot torrentiel venu du désert. Le sanctuaire était également consacré aux deux divinités : Amon et le roi divinisé.

En dehors des indications précieuses que le temple de Soleb peut fournir sur la montée solaire et 1'affirmation du pouvoir cosmique du Pharaon, on peut encore recueillir des renseignements importants tels que ceux fournis par 1'examen minutieux ­des modifications des cartouches : martelages, recharges de plâtre, regravures. Il ne s'agit pas d'un martelage classique de 1'époque amarnienne. Le nouveau nom gravé est celui de Nebmaâtrê, comme si le roi avait tenu a affirmer de la façon la plus totale son message : «Rê est le maître de Maât». C'est cette essence «Nebmaâtrê» qui correspond à son «image vivante sur terre», 1'aspect en tant que dieu sous s'adore lui-même.

Les recherches menées a Soleb par la Mission Michela Schiff Giorgini ont également permis la découverte de la nécropole. Primitivement surmontées de pyramides qui étaient completées de chapelles en briques crues, les sépultures présentaient des puits avec des chambres creusées dans le roc. Malgré le pillage, on a recueilli les vestiges d'un riche matériel : un miroir particulièrement élégant incruste d'électrum, une cuillère à fard en forme de canard, un joli petit vase en terre cuite figurant un singe accroupi ­qui tient sur son giron un sac plein sans doute de dattes, un scarabée commémoratif de chasses exceptionnelles aux lions.

A 1'arrière du temple, sur les premières pentes du désert, on a pu précisément mettre en évidence les vestiges du tracé d'un vaste parc, très vraisemblablement une réservr d'animaux sauvages ; le prêtre, officiant pour le roi, pouvait s'y livrer à la chasse royale, symbole du triomphe de Pharaon, le butin de la chasse n'étant qu'un substitut des victoires guerrières.